11 décembre 2011
Panassac : cul-de-sac onomastique ?
Ce n'est pas la première fois que je me demandais d'où venait le nom de Panassac. Je me disais bien souvent qu' il devait y avoir des boulangers et des « sacs à pain » d'où Panassac. Ce n'est pas si farfelu que ça quand on sait qu'en gascon « pane » veut dire pain …
J'avoue que ce serait magique si c'était aussi facile, mais tout de même, un village qui s'appelle Sac à pain, ça ne vous fait pas bizarre ?
Je me suis donc calmée sur mes déblatérations boulangères ! Un peu de sérieux tout de même. J'ai repensé au fait que le suffixe « ac » dans les noms était un reste du génitif latin « acum ». Panassacum aurait donc désigné « le domaine de Panassius ou de Panacius », c'est très fréquent comme évolution typonymique de lieux investis à l'époque gallo-romaine.
Je savais exactement où aller chercher réponse à mes interrogations, alors j'ai ouvert le tome III des Communes du département du Gers de la Société Archéologique et Historique du Gers... Et le doute subsiste entre deux propositions : d'abord l'idée que cela vient de « Panacius » et ensuite l'idée que cela signifirait « Sac vide ». Sans plus d'explications, hormis qu'en 987 on trouve le nom de « Fure Sacco » pour désigner Panassac. De mon côté, j'ai aussi trouvé qu'en gascon « pana » désigne « La panne »donc « le manque » et donc le « vide » et que « panar » voulait dire « dérober ». L'acte de dérober provoque le vide. C'est capilotracté … ou devrais-je dire vide de bon sens ? Bref mais pourquoi alors « sac vide » ? Est-ce pour la forme ? Pour les lieux déserts ? Pour la pauvreté ?
Du coup, même si j'aime quand c'est bizarre … Je pencherais plutôt pour «Panacius », pas vous ?
25 novembre 2011
« L'Isle-Jourdain » un nom oriental ?
J'ai reçu un e-mail de mon amie Jeannine, elle répondait à un de mes messages où je lui indiquais être passée par L'Isle-Jourdain pour l'interview que j'allais faire à la Radio Fil de l'eau. Elle en a profité pour me demander si je savais d'où venait le nom de l'Isle-Jourdain. Je n'en avais pas la moindre idée car le seul « Jourdain » que je connaisse, c'est ce fleuve de « Jordanie » …
Je suis donc tombée sur deux thèses bien distinctes. Mais avant de m'étaler sur ces suppositions, il faut savoir qu'en gascon point de « Jourdain » à l'horizon ! En effet, on trouve sur les anciennes cartes gasconnes, et sur les panneaux gascons, on trouve plutôt le nom de Lislo de Bash. D'abord « Lislo » qui a donné « L'Isle », signifie bien , comme on s'en doute « Ile ». Où est l'île ? Et bien c'est la question que je me posais. Sur Wikipédia, qui n'est absolument pas fiable comme nous le verrons ensuite, il est dit que c'est parce que la ville « ressemble à une île au milieu des marais ». Il est vrai que la Save, a cet endroit, use de jolis méandre et contourne parfois de deux bras les terres pour former des îles, on peut très vite le constater sur une carte. Cette configuration fluviale provoque forcément la formation de marais, d'étendues humides … L'Isle est donc presque une île par endroits. Quant à « Bash » cela signifiait tout simplement « en bas, en aval » par opposition à Lislo de naut, soit l'Isle d'en haut qui est l'actuelle Isle en Dodon en Haute Garonne, elle située en amont de la Save. La ville actuelle de l'Isle-Jourdain a été déplacée de 300 m au Nord, je ne connais pas très bien la géographie des lieux, mais peut être a-t-elle été « sortie des marais » ?
Mais alors L'Isle-Jourdain ? Pourquoi ce nom alors qu'en gascon il est tout autre ? J'aime beaucoup ce qu'avance wikipédia (même si ...): « Le Seigneur de l'Isle, étant parti aux croisades, aurait baptisé son fils dans le Jourdain lui donnant le nom de Jourdain (Jordan en occitan). ». Petit départ vers la Jordanie, le voyage, l'Orient. C'est presque poétique.
Mais je me fie bien plus aux propos de La Société archéologique et historique du Gers et au travail de Roger Bourse dans le tome1 des Communes du département du Gers: « Ce castelnau a été fondé au XII e siècle par les Jourdains (d'où son nom) ». L'Isle-Jourdain reprend en son nom son histoire, elle est l'Ile des Jourdains. Mais quand je recherche des informations sur La seigneurerie des Jourdains, je ne trouve pas de mentions de l'Isle-Jourdain même si je trouve une localisation géographique en Aquitaine et près de Toulouse mais aussi une dynastie du Moyen-Orient ...
Bref... Je vais m'arrêter là sinon je ne m'en sortirai pas ! En attendant c'est un très joli nom et les habitants sont tout simplement appelé « Lislois et Lisloises ». Et si certains d'entre vous ont des informations à propos des Jourdains qui ont fondé L'Isle-Jourdain, je suis preneuse car un je-ne-sais-quoi m'intrigue !
03 novembre 2011
« Goutz », un nom d'un autre temps
Mais « Goutz », ce nom surprenant avec à la fin ce qu'en cours de langue médiévale on appellerait une « affriquée » soit ce « tz » qui donne du tonus au nom et qui me rappelle les histoires de déclinaisons … dont je ne me souviens plus des détails. Mais passons cette parenthèse linguistique...
Je n'ai pas vraiment eu besoin de faire de recherches concernant l'histoire de ce nom. J'aurais pu dire qu'il s'agissait d'une histoire de goûts qui sait, peut-être y-aurait-il eu un peuple de cuisiniers (pardonnez-moi, la cuisine est très à la mode en ce moment), ou alors une épidémie de goutte … ou encore peut être était-ce un endroit pluvieux du Gers où il y avait beaucoup de gouttes. Mais non, nul besoin de follement extrapoler, car je savais déjà ! Et ce , tout simplement grâce à Jeanine, que j'avais rencontré la première fois que j'avais découvert le village. Si elle m'avait fait bénéficier d'une exceptionnelle visite de l'église, j'avoue que j'en avais profité pour lui poser la question qui me taraudait : la question étymologique ! Parce que « Goutz » est un nom qui me surprenait,un nom que je trouvais phonétiquement intense et que sur le coup, je n'avais absolument aucune idée de où cela pourrait venir.
Bref, j'en viens au fait – enfin !!!- d'après Jeanine, « Goutz » viendrait tout simplement de « Goth » car les lieux ont été occupé à une certaine époque par les Wisigoths. Tout simplement. Et j'aime encore plus ce nom surprenant car il porte avec lui l'histoire, l'histoire du département, une histoire lointaine que les moins de 1000 ans ne peuvent pas connaître …
Et je vous parle là du Goutz que j'ai croisé près de Fleurance. Il y a dans le Gers, un Goux près de Plaisance et un quartier de Goutz à Mielan, dont les nom ont la même origine. C'est à cause de possibles confusions géographiques entre ces trois lieux aux noms identiques ou approchants que notre Goutz près de Fleurance fût appelé sous l'Ancien Régime « Goutz-en-Fezensaguet »...
Et pour satisfaire un peu plus notre curiosité, point de noms compliqués pour les habitants : « Goutzois » et « Goutzoises » suffisent.
22 octobre 2011
[Bienvenue à Arblade-le-Bas] Un nom « verdoyant » ?
Si j'écoutais mes pulsions littéraires, je dirais que le nom d'Arblade-le-bas, avec ses allitérations en b et l est un nom bien chantant et qu'il doit bien signifier quelque chose d'extraordinaire, non ?
Dans « Arblade », il y a « Arb ». Mais encore, me direz-vous ? Si vous feuilletez vos divers dictionnaires linguistiques (car je suis sûre que vous en avez autant que moi, non ?), vous saurez qu'en gascon (peut-être le saviez-vous déjà sans dictionnaire) l' « arbo » est un « arbre » et qu'il en est de même en latin. Oui, je n'ai pas vraiment eu besoin de creuser loin pour vous dire ça et mon verbiage aurait pu s'arrêter au fait qu'en français « Arbre » s'en rapproche. Bref, tout ça pour dire que ce nom m'avait, dès la première fois que je l'avais entendu, fait penser qu'il avait un rapport avec « l'arbre ».
Cette supposition était renforcée par le fait que beaucoup de lieux gersois ont des noms directement issus des arbres qui les entourent : je pense à Cassaigne et le chêne, à Arrouède et le chêne rouvre, à Monlaur et les lauriers...
Mais comme depuis la découverte d'Arblade-le-Bas, je n'étais pas dans le Gers, il m'était impossible de satisfaire ma curiosité dans les livres et de confirmer cette origine forestière. Heureusement, la semaine dernière, j'ai pu aller flâner à la bibliothèque d'Auch et emprunter les ouvrages publiées par la Société Archéologique et Historique du Gers. Dans les tome 2 et 3 des Communes du département du Gers, j'ai trouvé des précisions sur « Arblade-le-Haut » … Quant à Arblade-le-bas, on précise que l'origine du nom est inconnue. Bizarre, l'un en a une et pas l'autre ? Oui, car je ne vous ai pas dit que s'il y a un Arblade-le-bas, il y a un autre village qui s'appelle Arblade-le-Haut. Si l'un a effectivement des précisions étymologique et l'autre pas, c'est surement dû au fait que les articles qui leur sont respectivement consacrés ne sont pas du même auteur qui n'ont pas fait les mêmes recherches et donc pas tiré les mêmes conclusion.
Bref ! D'après le Tome II et concernant « Arblade-le-Haut », « Arblade » signifirait « lieu boisé » et viendrait du mot « Arboleda ». C'est aujourd'hui un mot espagnol qui dans cette langue désigne « un bois, un bosquet ». On y revient aux arbres ! Je n'étais pas, pour une fois, hors sujet.
Mais … il fallait encore un « mais ». Le tome III donc, indique qu'Arblade-le-bas aurait été ainsi nommé par opposition à « Arblade-le-Haut ». Du coup, si c'est de la copie, on ne peut pas dire que « Ablade-le-bas » tire directement son nom de « Arboleda ». Cependant ce n'est peut-être pas hasardeux que de reprendre ce terme «Arblade » car désigner le « Bois d'en haut » et le « Bois d'en bas » ainsi, est une indication géographique claire et pratique. Et moi, ce que j'ai vu, c'est qu'autour d'Arblade-le-bas, il y avait des bois. Du coup, point de doute, il y a bien, en haut ou en bas, une histoire de lieu planté de bois ! Et c'est bien comme je le pressentais, une signification extraordinaire, parce que les arbres, j'adore ça !
A suivre : Une église de toutes les époques
11 mai 2011
Et pourquoi "Gers"?
Il est toujours passionnant de s'intéresser aux des noms de villes et villages Gersois, leurs origines, leur sens, les changements qu'ils ont subi au cours de l'Histoire. Mais qu'en est-il du nom même du département : "Gers"?
Historiquement parlant, le Gers en tant que département, a été créé à l'époque de la Révolution Française en 1790 et selon le nom de la rivière qui le traversait : Le Gers.
Gers? A quel autre mot ou quelle autre partie de mot ce nom propre ressemble-t-il? Ma première impression a été de le relier au terme "germe". Le germe, c'est-à-dire le bourgeon, nouvel élément évolutif d'une plante. Une piste qui se rapproche de la "nature", de la "campagne", du "verdroyant", du monde "végétal". Et le Gers réunit bien tout cela, d'autant plus que certains noms de villes et de villages de Gascogne ont été créé à partir de la nature qui les entoure : le nom de "Masseube", vient du mot "Silvae" la "forêt" ), le nom de "Lannemezan" signifie "la lande du milieu" car la ville se trouve dans la lande située au milieu du plateau, le nom de mon village s'est créé en fonction des arbres qui s'y développaient … Pour une fois serais-je sur la bonne piste, loin de mes extrapolations habituelles?
Mes recherches à la bibliothèque ne m'ayant point comblée, je me suis retournée sur Internet où les informations foisonnent généralement. J'ai alors découvert que "Gers" vient du gascon "jer" qui signifiait "prairie" et il est vrai que les gascons bien ancrés le prononce souvent "jer" en élidant la finale "s" et non "Gers" avec la finale s bien distincte. Pour la signification "prairie", il est vrai que la rivière qui prend sa source dans le plateau de Lannemezan, traverse de nombreux champs, prés, prairies. Ceci rejoint donc ma première impression par cette évocation d'un espace vert.
Je n'ai pu m'empêcher de faire deux rapprochements: l'un avec le mot "jardin" qui est issu d'un mot barbare, un mot franc pour être plus précise et l'autre avec le mot latin "germen" qui a donné "germe". J'ai osé imaginer, dans un moment de pure excitation linguistique et onomastique, que les deux mots se seraient intimement mélangés lorsque, la région ayant connu auparavant la romanisation et une latinisation, les invasions barbares ont commencé, notamment avec l'arrivée des francs. Ce qui aurait donné "jer"? Bonne question ! Difficile à élucider quand on sait que la Gascogne a connu un mélange de plusieurs langues : le vasque, le latin, le franc …Peut-être faudrait-il chercher dans les langues barbares ou encore dans la langue Basque actuelle , elle-même composée au trois quarts de mots issus d'une multiplicité de langues ? Dans la langue allemande plus proche, peut-être des langues celtes? Si je ne finis pas par trouver c'est que parfois l'Onomastique aime garder des mystères.
28 avril 2011
[Rediffusion 2009] Arrouède, un village polysémique
"Arrouède". Quel drôle de nom ! Certains trouvent que ça sonne bizarre ! Les uns éclatent de rire en ajoutant un "ça existe vraîment ce nom?" et d'autres s'en foutent, un village de campagne pour eux, ça reste un village, perdu dans le fin fond de n'importe où. Et pourtant Arrouède est le joli petit village que j'habite, un petit village gersois perdu dans la verte campagne au milieu des ballots de paille, des vaches, des collines, des canards, des lacs et des forêts…
Mais que signifie donc "Arrouède"? j'ai décidé de jouer à nouveau au jeu des hypothèses et tenter d'imaginer ce qui a bien pu faire que ce nom a été créé ! J'aime extrapoler, surtout quand il s'agit du Gers, j'ai les méninges en folie !
Pour commencer, "Arrouède" semble être formé de 2 parties : "Arr" et "ouède". Ma première impression serait que le "Arr" de arrière, pourrait signifier "derrière" et que "ouède" pouvant rappeler "l'oued" (la rivière en arabe) signifierait donc …"rivière". En regroupant les deux sens, on aurait "Derrière la rivière". Or, la cité d'Arrouède est située à quelques kilomètres de la rivière nommée "Gers". Arrouède serait donc la commune qui se trouve derrière la rivière et c'est ainsi qu'on la nommait pour la situer géographiquement. Du coup j'imagine très bien des preux chevaliers désignant Arrouède , en montrant du doigt par delà la rivière du Gers…
"Arrou" pourrait aussi venir du gascon "arros" . "Arros" désigne les personnes qui ont les cheveux roux ou blonds. Arrouède était-il un village peuplé de roux et de blond? Où était-ce du à la couleur des champs de blé, de tournesols et de colza qui entouraient le village ? Encore aujourd'hui le village est entouré de champs de blé,de tournesols et de colza, ce qui dans ce cas lui fait bien porter son nom !
On peut aussi penser que cela vient de l'espagnol. Etant donné qu'Arrouède ne se trouve pas si loin de l'Espagne et fut sûrement peuplé à une certaine époque de populations hispaniques , il est possible que leur langue ait influencé les noms de villages du coin. Et dans les mots espagnols qui se rapprochent de Arrouède, on a "Arroyada" qui signifie "ravin" : Arrouède est situé en effet sur une colline à 300 ou 400 d' altitude, ça n'est pas véritablement un "ravin" "comme on peut se l'imaginer, mais c'est effectivement dans une pente. Les aménagements modernes font que cette pente de colline est sans danger et anodine, mais à une certaine époque, il est possible qu'elle pouvait impressionner. Ce serait donc le village dans le ravin. On trouve aussi "Arroyo" qui signifie "bassin d'irrigation"…Mais là je sèche. Il y a une petite rivière à Arrouède mais rien de bien fameux, ou alors bien plus bas un barrage, mais c'est trop moderne pour en avoir influencé le nom. Peut-être qu'à une certaine époque Arrouède était un lieu d'irrigation, y'avait-il un lac en contrebas? Des aménagements particuliers?
Après l'Espagnol, passons au Portugais (je vous rassure, je n'envisage pas de passer en revue toutes les langues, non ! Je m'intéresse aux langues susceptible d'avoir pu être déterminante dans la dénomination de mon village, donc celles des pays proches) : "Arruda" dans cette langue veut dire "La rue" mais la plante qui s'appelle la rue : c'est une plante médicinale qui était très présente dans la bassin méditerranéen, mais qui sait, peut-être y'en avait-il à Arrouède …et qu'on soignait les gens ici même?
En hébreu, et là cela aurait été apporté par les juifs du Nord de l'Afrique, "harosh" signifie "le chef", "harosh" , "Aroch", "Arouch" "Arous"…Je sais qu'il y avait un château avant à Arrouède. Dans ce cas peut-être était-ce le village d'un grand chef? Ou alors un village-chef? D'autant plus que sa situation en haut de la colline lui donnait une certaine position de domination !
En latin, on aboutit à un sens campagnard puisque "Aro" signifie "labourer". Arrouède lieu d'agriculture très active?
Et enfin, il fallait bien que je titille mon dictionnaire d'Ancien Français. Je n'y ai pas trouvé grand-chose. Sauf le mot "Aronde"qui voulait dire "Hirondelle". J'ai rapidement adhéré! D'autant plus que plusieurs fois dans l'année des milliers d'hirondelles survolent le coin et envahissent les fils électriques. Alors tout à coup, Arrouède signifierait "Le rassemblement des hirondelles" ou "Le nid des hirondelles"…ce qui est presque plausible, non ?
Arrouède alors ? Et bien, sa véritable origine, trouvée dans les fonds gersois de la bibliothèque d'auch, oserai-je dire "racine", viendrait du latin "roboreta" qui signigie "la rouvraie" . La rouvraie est un lieu planté de chêne rouvre. Or, en des temps plus ancien, Arrouède était au milieu d'une rouvraie c'est à dire la "roboreta" qui par déformation orale a probablement d'abord donné "roueta" puis "rouede" et enfin "Arrouède". Les chênes sont encore très présent tout autour du village, mais ça je vous en reparlerai ultérieurement !
08 mars 2011
Pourquoi "Lombez" ?
Tout comme dans "Condom" et "Baïse", il n'y a dans le toponyme "Lombez" aucune connotation déplacée. Inutile de lancer de grivois jeux de mots, vous seriez probablement hors-sujet.
Le nom de "Lombez" m'a d'abord été très énigmatique, parce que je n'en avais pas l'origine certaine. J'ai du jongler avec mes dictionnaires et partir un peu dans tous les sens. Mon première réflexe a été d'ouvrir mon dictionnaire de gascon. J'y ai trouvé un mot qui semblait proche "lomb" qui signifie "filet". J'ai fait le rapprochement avec le fait que la ville est traversée de la Save. Peut-être y faisait-on beaucoup de pêche ?
Le latin "Lumbus" , l'ancien-français "lombe" et le français "Lombes" et "Lombaire" m'ont ramenée sur l'anatomie humaine et le dos, plus précisément les reins. Rien de forcément grivois, j'ai dit. Peut être que le contexte géographique et son aspect faisait penser au bas d'un dos... Ces pistes anatomiques me paraissent tout de même plutôt capilotractées.
La langue latine a beaucoup de synonymes. Et "lumbus" y signifie également " Partie intérieure du cep de vignes, à l'endroit où les rameaux se séparent". Au XIX e siècle, environ 10% des terres agricoles de Lombez étaient des terres viticoles. A l'époque romaine, peut être étaient-elles beaucoup plus nombreuses d'où la dénomination originale avec cette partie du cep de vigne.
J'ai très vite éliminé l'espagnol "Loma" qui désigne "la colline" puisque je n'ai pas l'impression que Lombez soit sur une colline. De plus j'ai aussi imaginé que la ville avait peut être été investie par les Lombards de Lombardie, région d'Italie, mais quand je lis l'histoire de la ville.
Une piste m'a parue plausible du fait qu'il arrive fréquemment qu'un toponyme soit donné en fonction des élements naturels qui font partie du lieu. En Ancien-Français, "Lum" signifie "Limon, boue, fange". Il se trouve que la Save prend sa source dans le plateau de Lannemezan. Les cours d'eau qui naissent dans ce plateau sont réputées très vertil, c'est le cas de la Save qui par ses limons promet une très bonne terre propices aux cultures. "bès", toujours en ancien-français, signifie " à profusion". "Les limons à profusion" ou "le lieu où il y a beaucoup de limons".
Ne croyez surtout pas un mot de ce que j'avance ! Car ça ne vient pas du tout de là ... J'ai trouvé récemment l'origine dans Le tome 1 des Communes du département du Gers, L'Arrondissement d'Auch publié par la Société Archéologique du Gers. On y précise que Lombez s'est ancestralement appelé "Lumbarium" , nom qui aurait été donné par les romains, il s'est transformé en "Lumbers" au Moyen-âge puis en "Loumbès", "Lombès" et enfin "Lombez". L'auteur précise que cela se prononce "Lombès" et non pas "Lombèze".
Mais autre chose me tracasse. J'ai voulu savoir pourquoi "Lumbarium". Quand il s'agit d'un toponyme qui définit la propriété d'un homme, je ne vais pas plus loin. Mais là, les romains ont choisi "Lumbarium" , pourquoi ? J'ai donc consulté mon dictionnaire de latin et là rien. Je me suis attaquée au net et là j'ai découvert avec la plus grande stupéfaction que "Lumbarium" signifie "caleçon, sous-vêtement"... mais je suis sûre qu'il n'y a aucune connotation déplacée, juste, probablement, une manière sensuelle de décrire les lieux... ou alors il y a un synonyme de Lumbarium qui signifie autre chose. Quelqu'un a-t-il une réponse pour élucider ce drôle de mystère ?
02 mars 2011
Pourquoi "Barran" ?
C'est trop évident que ça en est louche. "Barran", le village pour "barrer la route à l'ennemi", "l'infranchissable"... évident. Je me suis pourtant souvent faite avoir par les évidences toponymiques, soit je ne les voyais pas, soit je les imaginais, alors je me méfie, et pourtant...
... pourtant pourtant et pourtant il y a, c'est certain, une notion de "défense", de "difficulté à parvenir jusque là". En français "barrer" vient de "barra", "la barrière". En gascon, "barrar" signifie "fermer", et un embarrat est un rempart ou un enclos. Je n'ai rien trouvé de plus pour expliquer le nom de Barran mais je pense que le gascon s'en mêle et que le toponyme tire bien son nom d'"embarrat" car la bastide a probablement pris ce nom alors qu'elle paraissait être avec sa tour porte, ses remparts, son fossé et son emplacement particulier entre et sur les collines, un lieu très difficilement accessible et difficilement prenable...
21 janvier 2011
The original Condom
Je sais que ce titre d'article risque de provoquer un pic de visites inhabituel grâce aux requêtes google, mais je n'ai pas pu m'en empêcher après la lecture de cet article concernant deux hommes d'affaires aristocrates qui vendent sur le net des préservatifs écologiques dont l'origine est certifiée de Condom, dans le Gers, alors qu'il n'y a pas d'usine de préservatifs par là-bas. Ben oui, en anglais "Condom" signifie "Préservatif". Un trait d'humour qui a fâché certains et on peut le comprendre, ce n'est pas bien de mentir et d'utiliser les toponymes pour son profit personnel. Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille d'aller lire l'excellent article à ce sujet : http://midi-pyrenees.france3.fr/info/non-au-preservatif-made-in-condom--66791434.html
Pour l'heure, je ne vais pas vous parler de préservatifs ou si peu, mais de l'origine du nom de Condom. Car ce toponyme en aura fait rire plus d'un et continuera à en faire rire plus d'un. On ne va pas reprocher aux gens d'avoir parfois quelques mots d'humour. D'ailleurs, moi-même, la première fois que j'ai vu "Condom" sur un panneau routier, j'ai failli m'étouffer de rire… surtout qu'à Condom passe la Baïse que tout le non-gascon s'affaire souvent à prononcer "baise". Imaginez, la Baise passe à Condom … De quoi rendre hystérique les petits rigolos qui adorent l'humour grivois. Déjà Baïse, se prononce , Ba-ï-se et même Bè-ï-se, ensuite Condom ne se prononce pas Con dome comme en anglais mais Con-don. Tout rond. Rien, mais alors RIEN à voir avec les préservatifs. On dira que le hasard a fait que malencontreusement tout pouvait concorder à nous le faire croire.
Condom vient en fait du gaulois (ou aquitain, ou celte parce que là aussi, les gens se prennent parfois le chou concernant le nom du peuple qui vivait là à une certaine époque) "Condomagos" qui signifie "marché de la confluence". C'était, il y a très très longtemps, bien avant l'invention du préservatif d'ailleurs, que la cité de Condomagus est née, à la confluence de la Baïse et de la Gèle … C'était donc une cité commerçante installée à la jointure de deux cours d'eau… Ben oui, tout simplement, pourquoi aller chercher midi à quartorze heure dans une boite de préservatif ?
04 janvier 2011
Pourquoi "Mirande" ?
Mirande est sans aucun doute l'une des plus jolies communes gersoises… Je croyais que "Mirande" voulait dire "Celle qui admire" du fait de la racine "mirer" : tout simplement parce qu'on a de là bas, une vue "admirable" sur les Pyrénées.
J'avais presque raison… sauf qu'a priori, c'est l'inverse. Ce n'est pas la ville qui admire mais c'est elle qui est admirée, car "Mirande" signifirait "l'admirable/ lieu qui mérite d'être admiré". De quoi rester en admiration…
Mirande est aussi, ne l'oublions pas, une bastide. Or, concernant la toponymie des bastides nouvellement bâties en Gascogne entre le XIII e et le XIV e siècle, elle soulignait souvent les caractéristiques de ces nouvelles communes … ici ç'aurait été sa beauté ?
D'autres sources m'indiquent qu'une ville d'Espagne porte un nom similaire, "Miranda"… Beaucoup de bastides gasconnes ont copié le nom de belles villes étrangères comme Cologne, Fleurance ou encore Miélan (Cologne, Florence, Milan). Cette ville espagnole fût peut-être l'inspiration de ceux qui ont bâti notre admirable gersoise, Mirande la jolie comme beaucoup la surnomment… et ils ont bien raison !



















