Ca m'émeut, le Gers !

25.10.2017. Je sais pas. C'est comme ça. C'est incontrôlable. J'aime pas trop ça, pleurer. Mais pourtant, je l'avoue, j'ai pleuré. Je l'avoue tout simplement. J'ai pleuré. J'ai pleuré quand j'ai vu ce paysage, ces courbes, ces couleurs, ces reflets. J'ai pleuré, d'un coup, comme ça sans prévenir. Est-ce que je dois avoir honte ? Je ne crois pas. Etre émotive n'est pas un vilain défaut même si c'est parfois malvenu.  Bon voilà, j'ai pleuré. Mais j'avais plein de bonnes raisons de pleurer  et puis doit-on avoir une bonne raison de s'émouvoir, doit-on se trouver des excuses de s'émouvoir devant l'immensité d'un paysage sublime ?. D'abord, je retrouvais ce jour-là tout ce qui me séduit dans le Gers et en même temps je comprenais ce que voulait dire "l'absence", la véritable "absence". Je revivais l'impétuosité des paysages, l'art de l'inattendu, le sempiternel effet de surprise ( mais alors dans ce cas, est-ce toujours une surprise ? ),  la claque de l'immensité, l'incroyable beauté des éléments, le fait de se sentir humaine et fragile, ton absence à toi, toi à qui j'aurais aimé faire découvrir ce petit coin de paradis que j'aime tant revoir, toi qui depuis ton petit coin de paradis dois tout voir maintenant, les retrouvailles aussi avec mon département de coeur que j'ai eu l'impression d'abandonner trop longtemps, un peu tout, un peu rien... Voilà, j'ai pleuré, comme un bébé. J'ai pleuré à chaude larmes, tiraillée entre le bonheur d'assister à ce spectacle féérique et l'amertume du temps qui passe inexorablement. Si j'avais su à ce moment là en plus que quelques semaines plus tard, j'allais aussi regretter de ne pas avoir pu y amener un autre disparu, j'aurais sans doute pleuré bien plus que ça. Est-ce une faiblesse que pleurer devant un paysage ? Ou justement la preuve que ce qu'on a d'humain en nous est plus fort que le reste ?

Je me suis assise un moment, le cul dans l'herbe fraîche et les cailloux. Un agaçant nuage de moucherons s'est formé au-dessus de ma tête. Je m'efforçai de ne pas respirer par la bouche, de peur de les gober, pas facile quand on a un gros chagrin. Je me mouchai bruyamment, histoire d'apporter une petite touche musicale à la scène. Je ne lâchai pas le paysage du regard même si par moment l'ensemble était plutôt embué. Hé quoi ? J'ai quand même trouvé le moyen de faire des photos. Ce n'est pas pratique les larmes plein les yeux et la morve au nez, en plus, on en fiche partout. J'avais l'air ridicule. Mais qu'est-ce que ça pouvait bien faire ? Hein ? Le ridicule ne tue pas, bienheureusement, sinon j'aurais déjà passé l'arme à gauche. Je ne me voyais pas de l'extérieur mais je devais avoir les yeux boursoufflés et rougis, la respiration saccadée, le nez comme une patate à force de frotter. Je devais avoir l'air con, c'est sûr ! Mais et après ? Il y a des moments où il faut craquer, il faut extérioriser, il faut laisser parler ce que l'on a de plus profond - dis, c'est beau ce que je dis, tu ne te moqueras pas de moi après avoir lu ça, hein ? Ce jour-là, j'ai confié au paysage mon désarroi et mon émerveillement. J'ai confié au paysage le bonheur de le retrouver et le malheur de ce que j'avais perdu. Je me suis sentie petite, humble et nue. Sans doute, les éléments m'ont-ils donné la douce permission de ce laisser-aller. Sans doute m'ont-ils murmurés "Allez, lâche prise, tu t'en fous, t'es toute seule, là, personne ne te verra, vas-y pleure, pleure, pleure tout ce que tu n'as pas pleuré, pleure tout ce que tu peux, ça te fera du bien.".

Alors j'ai pleuré. J'ai pleuré parce que j'étais triste. J'ai pleuré parce que j'étais heureuse aussi. J'ai pleuré surtout parce que c'était beau. J'ai pleuré parce que... j'avais envie et besoin de pleurer. Alors même si elle n'est pas assez bien cadrée ou je ne sais quoi d'autre trop peu technique, cette photo a pour moi une saveur particulière, parce qu'au moment où j'ai immortalisé ce paysage, il m'a profondément émue... 

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Posté par wawaa à 23:07 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Ca m'émeut, le Gers !

    très joli texte. Joli et émouvant.... pour un peu, tu m'aurais fait pleurer aussi. Ceux que tu aurais aimé amener là-bas étaient sûrement près de toi....
    Bisous et belle fin d'année.

    Posté par quaquie, 20 décembre 2017 à 06:32 | | Répondre
  • Aujourd'hui, je vais t'écrire ... depuis quelques temps, je suis ton blog en silence, mais là, j'ai vraiment envie de te dire que, non seulement tu as bien fait de laisser aller tes larmes, mais je trouve aussi que c'est tout à fait normal !
    La nature nous a donné des larmes ... c'est bien qu'elles ont une autre utilité que celle d'entretenir les yeux !
    Laisser aller l'émotion face à un paysage, prouve que tu as du cœur, que tu sais voir et apprécier la beauté, chose qui devient rare !
    Tes photos sont toujours magnifiques ... c'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert ton blog ... mais aussi parce que je suis une Landaise et que j'aime à passer la "frontière" du département pour aller dans le Gers que je trouve aussi très beau, et que tu racontes si bien ...
    Au plaisir de te lire à nouveau.
    Bises

    Posté par avoinette, 20 décembre 2017 à 19:43 | | Répondre
    • merci

      Posté par wawaa, 23 décembre 2017 à 15:07 | | Répondre
  • je pensais que c'était l'absence à ton paysage que tu regrettais mais je comprends qu'il s'agissait d'autres absences.
    Ceci dit vu que Ernest et Célestine peut me faire pleurer devant les gamines de mon atelier (ce midi), ou le désarroi d'une famille dans 'un petit loup de plus' (Belle histoire Pomme d'Api), je crois que l'émotion est une digue qui craque de façon imprévue...et c'est que nous sommes humains.

    mais tes photos font toujours gonfler le coeur et c'est le début des associations d'idée implicites

    Posté par giovinetta, 20 décembre 2017 à 23:04 | | Répondre
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