L'Aventure Saint-Jacques dans le Gers, épisode 6 : jour 5 et jour 6, dans la cité des Elusates !

Episode précédent : L'Aventure Saint-Jacques dans le Gers, épisode 5 ; jour 4, un jour de repos ?

 

Vendredi 9 septembre 2016

16h00- Aie ! Je souffre ! Mes pieds font des caprices et me rappellent que je ne suis pas une frêle jeune femme de 50 kg. Ça tire ! Ça tire ! Ça se tord ! Ça fait mal ! Aujourd'hui, je peux dire que j'en ai chié, pardonnez ce langage, mais j'en ai chié. Pourtant ce n'était pas la première fois que nous marchions 16 kilomètres. Je crois que la fatigue des derniers jours et mon rhume encore latent ont un peu pris le dessus.

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Nous sommes partis très tôt de Montréal, à 6h50, il faisait encore nuit mais on voyait suffisamment notre chemin. Nous avions un bon rythme, comme si nous étions prêts à avaler un à un les kilomètres sans peur et sans reproche. Nous avons assisté à un flamboyant lever de soleil sur le Bas-Armagnac, puis avons pris un couloir paradisiaque. Un endroit que je n'ai pas voulu photographier. Ce n'est pas que je ne pouvais pas le photographier, ce n'est pas que je n'en étais pas capable. Je n'avais juste pas envie de figer l'instant dans une image qui ne retransmettrait pas le chant des oiseaux, la plénitude, l'air frais sur les joues, la douce impression d'être protégé de tout dans ce corridor verdoyant. Car c'était une sorte de long corridor de verdure où la végétation semblait à la fois s'écarter précautionneusement du chemin et nous enrubanner, pour nous mettre hors d'atteinte. Le calme, la paix, le silence, la douceur. Je n'ai pas assez de mots pour le décrire et une photographie serait bien insuffisante et me paraitrait volée à l'étalage : de quel droit pourrais-je prendre en photo cet endroit qui me paraissait secret ? Secret, il ne l'était pas, puisque des milliers de pèlerins y passent chaque année, mais il en avait l'air. Il avait l'air d'un endroit que l'on découvre par hasard et qui nous met des étoiles dans les yeux. En fait, je crois qu'il faut le vivre, il faut y marcher vraiment. C'est un moment magique qui n'appartient finalement qu'à celui qui le vit.

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Au sortir de ce corridor feuillu, nous avons croisé une biche puis nous avons traversés d'immenses vignobles : ils s'étiraient à perte de vue. Les grappes accrochées aux ceps étaient appétissantes. Combien de grains de raisin y avait-il à croquer ici ? Bien évidemment, même si la tentation était grande, je n'y ai pas touché. Mais c'est une véritable torture, tout comme de passer près des champs de melons !

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Nous avons rejoint la tour de Lamothe. Et je commençais à faiblir. Pourtant nous n'étions qu'à 9 kilomètres de marche ! J'avais été contrariée de ne pas l'atteindre plus tôt et le soleil commençait à chauffer l'atmosphère dont la fraîcheur m'avait jusque-là bien aidée à garder le rythme.A la sortie du hameau de Lamothe, une jolie chapelle et un jeu de l'oie fort original nous attendaient. Nous avons amorcé une descente caillouteuse qui a fatigué mes pieds puis avons emprunté, une longue, une très longue, une très très longue plateforme ombragée… de 7 kilomètres !

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J'ai là véritablement commencé à souffrir. Une douleur sourde, des hanches jusqu'aux orteils. J'ai donc considérablement réduit la cadence sous le regard compatissant de mon mari en pleine forme qui me chantait des chansons des années 80 et 90 pour m'encourager et me faire rire. "Partenaire particulier cherche paaartenaire particulièreee …" Je ne voulais pas craquer. Je ne devais pas craquer. Ce n'était même pas concevable. Je suis passée outre la douleur,  ô je n'avançais pas très vite, mais j'avançais. Le Lala lalalalala lala de Hegoak - une chanson basque que j'ai entendue chantée par les Mâles au chœur- fut d'un grand secours. Je ne parle pas du duo que nous avons fait sur le Boléro de Ravel et sur I like to move it pour ne pas vous effrayer. Mais c'est marrant, chanter me donne toujours du courage.

Et puis lentement, mais sûrement, nous avons atteint le centre d'Eauze à 11h30, et j'ai squatté le premier banc venu pour libérer mes pieds de leurs chaussures échangés contre des sandales. 

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Nous avons mangé, fait un petit tour dans l'église, où les toiles d'araignée étaient sublimes, pour ensuite rejoindre notre chambre. On ne change pas les habitudes : une douche, un petit coup de gel froid sur les guiboles, une sieste et ça repart ou presque.

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16 kilomètres en 4h50, c'est pas si pire que ça ! En tous cas j'admire de plus en plus les pèlerins qui enchaînent des journées de 25 à 35 kilomètres ! J'en suis incapable à moins de finir dans la camionnette rouge des pompiers gersois !

 

Samedi 10 septembre 2016

9h15-Hier vers 17h00 nous sommes sortis pour aller acheter notre petit graillou du soir. Ca a été rapide mais très amusant : le caissier de la supérette est un bout en train joyeux dont la bonne humeur et le sourire sont très communicatifs !

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J'espérais pouvoir le prendre à l'extérieur, sur un banc, ou une table en bois mais d'une part la fatigue était lourde et d'autre part le ciel s'est tout à coup obscurci. C'était bigrement ténébreux et un vent inquiétant, de ceux qui vous murmurent de tenir vos chapeaux, de ranger les parasols et de rentrer le plus vite possible chez vous, s'est levé tourbillonnant sur la place centrale. Nous n'avons pas traîné.

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Une fois dans la chambre l'orage a éclaté, a fait une démonstration vocale impressionnante, déversant une abondante pluie battante qui était la bienvenue puisque la végétation se meurt de soif et que nous avons apprécié la vague de fraîcheur qui entra dans la chambre par la fenêtre semi ouverte. Cela ne m'a pas empêchée d'admirer la vue de la chambre quand la nuit fut venue. Au réveil à 7h45, j'admirais la même vue, ébahie par le ciel craquelé et légèrement coloré. Maintenant que le petit déjeuner est pris, nous pouvons repartir en vadrouille.

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16h00 - Nous avons quitté l'hôtel Henri IV à 9h45. Nous n'avions pa encore véritablement décidé de ce que nous ferions de notre matinée. Nous n'avions que 7 petits kilomètres à parcourir jusqu'à la prochaine chambre d'hôtes à Mounissot, près de Manciet. Et nous n'y étions attendus que dans l'après-midi. Je proposai alors à Denis d'aller poster nos cartes postales, puis d'aller traîner nos couennes et lire au parc de Panblanc que nous avions croisé à notre arrivée chez les élusates. Il trouva l'idée fort bonne et pas trop fatigante (il n'est jamais très contrariant)et nous reviendrions vers la ville à midi  pour nous dégoter deux sandwiches.

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Nous avons donc quitté l'hôtel Henri IV à 9h45, sa jolie chambre à la belle vue sur la cathédrale, son équipe souriante et chaleureuse. Le ciel semblait toujours craquelé comme la coque d'un macaron qu'on a un peu grignoté du bout des dents ou trop serré dans ses doigts. Direction la poste pour exposer notre grave problème : nous avions oubliés des codes postaux. Les deux dames de l'accueil nous ont prêté un index des codes postaux et ont très gentiment pris nos cartes postales bien remplies et affranchies. Elles n'étaient que sourires et serviabilité. C'est agréable un tel accueil. Puis nous avons rejoint le parc Panblanc. De là, nous profitions d'une vue incroyable sur la cathédrale Saint-Luperc et nous bénéficions d'un cadre verdoyant très agréable et rafraîchissant. Nous avons trouvé un banc à notre goût, somme toute un peu humide et qui a sali mon bermuda blanc. Mais comme c'était un vieux bermuda, ce n'était pas grave. C'est là que nous avons faire la rencontre très émouvante de Titus. Titus est un petit brun ténébreux, un peu frisé par endroit, charmeur et câlineur. Il m'a abordée, je dois l'avouer assez directement par une léchouille tendre sur le mollet. Ma réaction de peur, et mon petit cri aigu mais gracieux, a beaucoup amusé ses maîtres. Le petit chien très attendrissant est venu chercher quelques caresses puis a repris sa promenade avec ses gentils maîtres. Ils faisaient plusieurs fois le tour du par cet donc, chaque fois qu'ils passaient près de nous, Titus, aimant beaucoup les caresses, est revenu nous voir en remuant sa petite queue frisotée. Le couple m'a expliqué aimer beaucoup cet endroit, les arbres et la vue sur la ville. Ils viennent quotidiennement et ne s'en lassent pas. Je les comprends.

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Quand ils ont quitté le parc Titus et sa frimousse - je m'attache toujours très vite à ce genre de bestiole !- me manquait déjà.

Nous avons lu. Ici. Dans le calme. Loin du tumulte. Presque seuls au monde. L'oreille appréciant les mélodies sifflées par les oiseaux. Le visage souriant d'être frôlé par le petit vent frais matinal. Vers midi, nous avons rebroussé chemin vers le centre-ville. Nous avons poussé la porte de la boulangerie-pâtisserie Frank Tonnerre ! Une dame nous a préparé de délicieux sandwiches et nous a servi un éclair au praliné pour moi et un rocher au praliné pour mon mari - oui, nous aimons le praliné ! Le premier banc trouvé fut le nôtre. Nous avons dégusté notre repas avec beaucoup de plaisir, les papilles aux aguets notamment au moment de manger le dessert ! "C'est pas facile, le chemin de Saint-Jacques vraiment !" dis-je en riant, affalée sur mon banc, encore enivrée par la crème au praliné de mon délicieux éclair.

A 13h00, c'était reparti. 7 kilomètres mais il faisait chaud ! Nous avons encore traversé des vignobles, croisé quelques tariers pâtres sur les fils électriques et marché dans d'autres agréables corridors de verdure. Nous avons même croisé des canards.

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Nous avons tenté de nous rappeler les phrases hautement philosophiques que j'avais prononcées depuis le départ de lundi matin. Quelques-unes nous sont revenues :

"Si  on marche autant tous les jours, on peut manger des pâtisseries tous les jours ! Non ?"

"Si on compte que sur nos pieds on fait des économies de carburant, mais on use plus de chaussures..."

"Un jour je te ferai des éclairs au praliné. Si je réussis tant mieux, si je loupe euh… Tant pis !"

Oui, j'ai une énorme capacité à balancer de grandes évidences à des moments où l'on ne s'y attend pas. C'est un don, c'est tout.

Après avoir rejoint une route goudronnée nous avons laissé le GR de côté pour rejoindre le domaine du Passage, 1 kilomètre plus loin. Arrivés sur la propriété nous avons été escortés d'abord par les chevaux puis par les chiens. Une dame nous a accueillis avec un grand sourire et comme chaque jour, la délivrance par une bonne douche ne se fit pas attendre.

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