Sur les chemins de Saint-Jacques, en toute liberté, en toute déconnexion…

Mes chers lecteurs, mes chères lectrices,

H-3. Je  fais le décompte chaque matin depuis quelques jours. Je commence à peiner à m'endormir le soir, ça tourbillonne follement dans mon esprit. Je trépigne d'impatience, je ne contrôle que difficilement mon enthousiasme. J'essaie de ne pas faire en boucle les cent pas pour ne pas me fatiguer à l'avance. Je peaufine les sacs à dos méticuleusement, je coche soigneusementles éléments de mes listes "Saint-Jacques". Je ne dois pas oublier le carnet de note, le stylo, l'appareil photo, le chargeur de batterie. Et les médicaments ! Oui, les fameux médicaments ! C'est important, sinon je ne tiendrai pas la route, je n'ai plus ni thyroïde, ni parathyroïde, alors j'ai mes remèdes journaliers pour combler ces absences ! Et les barres de céréales et le récap' des réservations ! Sans oublier le k-way, la veste, les chaussures ouvertes pour les moments de détente, la crème solaire, le produit anti-insectes qui ne sent pas très bon mais qui est très efficace, les pansements pour les ampoules, les vêtements - nous n'avons surtout pas prévu de faire ça en naturiste !-, la crème après-soleil, le dentifrice, la brosse à dents, le topoguide, des bouteilles d'eau - nous se sommes pas des chameaux !-, les serviettes hygiéniques - ô joie d'être une femme quand on entreprend un tel projet -, le savon, les dosettes de lessive, ma liseuse qui est moins encombrante que deux ou trois livres… Je coche, coche, coche et coche encore, je n'arrête pas de cocher ! Je pèse les sacs, je rééquilibre. Ça en fait des choses pour nos dos d'humains !

Voilà, dans quelques jours, c'est sûr, je pars. Quand d'autres font leur rentrée, je pars. Ca me change des années précédentes, début septembre, je pars Je vous aime mais je pars. Je pars un sac à dos de 6 kg sur les épaules sur le chemin de Saint-Jacques avec mon cher et tendre mari qui portera le sac le plus lourd des deux, non pas par galanterie - j'ai horreur de la galanterie-, mais parce que je dois admettre que c'est lui le plus fort de nous deux ! Je pars avec lui sur les chemins de Saint-Jacques gersois pendant presque 10 jours. C'est un projet qui me tient rudement à cœur depuis déjà quelques années. Je ne savais pas quand, ni comment, jusqu'à ce que, pour mes 32 ans dans le 32 - une fête surprise avait été donnée quelque part dans le Gers à cette occasion en 2015 - la famille m'offrît de quoi réaliser ce voyage. Depuis un an et des brouettes, je prépare donc ce trépidant voyage à pieds, avec l'impatience la moins dissimulable de l'univers, en tous cas en ce moment même !

Depuis quelques semaines déjà, je me fais violence, je marche régulièrement, sur des distances de plus en plus longues. Je m'oblige à marcher, à ne pas prendre trop de photographies, à me concentrer sur l'effort. J'ai même battu tous mes records personnels et pour moi ça avait la même saveur qu'une médaille d'or olympique ! A chacun ses défis, ses exploits, ses podiums. Comme nous allons partir plusieurs jours et marcher presque tous les jours, je n'aurai pas le droit de trainer en cours de route, pas le droit d'immortaliser tout ce qui m'entoure. Il me faudra faire des choix photographiques précieux. C'est pourquoi nous nous sommes alloué chacun un crédit de 20 photos par marche. Ce qui est tout à fait faisable, si si, je vous l'assure. Beaucoup ricanent par des "hahahaha tu tiendras pas le coup". Mais j'ai beaucoup changé en matière de photo dernièrement, j'en fais moins, j'essaie d'en faire moins, je m'oblige à en faire moins. Mais surtout j'essaie d'en faire des plus jolies. Finis le temps à matraquer les environs et espérer en avoir une pas trop mal dans le lot. Donc je vais prendre au plus 20 photos par marche, un point c'est tout, mais il faudra que ces 20 photos soient exceptionnelles.

"Et il n'y a pas quelque chose que tu as oublié dans ta liste ?". Volontairement oui, je vais oublier mon smartphone à la maison ! Au départ, j'avais prévu bien des choses avec mon smartphone : je voulais publier des photos sur la page facebook, tenir un journal sur le blog au fil des jours, et puis pouvoir lire vos commentaires et réactions. Je voulais vraiment que vous m'accompagniez, presque pas à pas. Et puis, je me suis ravisée. Non pas que je ne veuille pas partager ces bons moments avec vous, ici, je vous dis tout du Gers et de ce que j'y vis, ce que j'y découvre, vous et moi sommes intimes depuis le temps.Et puis j'ai écouté une émission sur France Inter (oui? j'écoute France Inter, je crois que j'ai pris un petit coup de sagesse !), un soir, alors que je rentrais du Gers. Le sujet était la nomophobie… cette nouvelle phobie tendance : la peur de ne pas pouvoir survivre sans son smartphone, de louper un message important, de ne pas pouvoir être connecté…

Je n'ai pas encore atteint le stade ultime de cette phobie mais parfois je ne sais pas partir sans ce smartphone, je ne sais pas vivre sans connexion internet (ce qui se comprend, je tiens un blog et j'aime écrire pour ce blog ! ), je suis à l'affût des commentaires, des réactions, je vérifie parfois inutilement les notifications… Ce n'est pas un besoin constant mais j'avoue que si mon smartphone est dans les parages, je suis souvent tentée de le consulter.

Dans cette émission, un jeune journaliste expliquait qu'il avait réussi à vivre 3 mois sans tout ça. Le récit de son expérience m'a beaucoup interloquée… car oui, comment faisions-nous avant ? Loin de moi de vouloir régresser, revenir en arrière, mais oui, comment faisions-nous avant ? Sans cette hyperconnexion qui nous met en relation constante les uns avec les autres ? On faisait très bien les choses. J'ai connu cette époque où personne ne consultait son téléphone pendant un repas de famille ou personne ne tenait une conversation tout en suivant des yeux la danse de son écran de portable, cette époque où on n'avait pas 587 amis sur FB, où on admirait un paysage juste pour l'admirer pas pour vite publier une photo sur instagram et où finalement on vivait très bien. Je ne critique pas là le progrès mais l'usage excessif que nous faisons du progrès. Et j'ai moi aussi mes faiblesses de ce côté-là. J'ai donc mené une longue réflexion avec moi-même. Mon moi nomophobe me disait "tu peux pas partir sans ton téléphone ! Tu peux pas, comment vas-tu communiquer avec les gens ???? Tu ne vas pas poster de photo ?" tandis que mon moi "Cool-Raoul-Vive-la-nature-détends-toi" me disait "Et si tu profitais plutôt à fond de chaque instant présent à ce moment là en oubliant le téléphone, internet et compagnie ?".

Alors je me suis dit… partir tous les jours à l'assaut de la nature, faire le vide, se ressourcer, contempler, admirer, et passer du temps le nez collé à l'écran de mon téléphone ? Non, je vais le laisser à la maison ! Et je vais prendre soin d'écrire à la main chaque jour mon récit, mon ressenti, et je le partagerai avec vous quand le moment viendra… (Rassurez-vous cependant, mon cher mari a un vieux téléphone antique (à clapet) qui ne sert qu'à Téléphoner, il ne nous servira qu'en cas d'urgence !).

Alors oui, je vais disparaitre environ 2 à 3 semaines des radars internet à partir d'aujourd'hui. Pas de publication sur la page FB, pas de publication de sur le blog, pas de tweet, pas de photo sur instagramtout sera en pause le temps que je sorte de ma bulle de Compostelle. Cette déconnexion me fera un bien fou, et je suis persuadée que je vous en proposerai un récit encore plus palpitant ! J'espère que vous me pardonnerez d'ainsi vous abandonner, mais ce n'est que pour mieux revenir !

Mon trajet se fera entre La Romieu (depuis le pied de la collégiale) jusqu'à Arblade-le-bas chez mon amie gersoise. 88 km d'efforts mais aussi 88 km de plaisir - même si je vous ferai un rapport précis sur le nombre d'ampoules fabriquées par mes pieds le temps de l'aventure.

Sans titre

Un joli voyage qui est un défi pour mes guiboles ! Si vous me connaissez, vous savez que je suis particulièrement très, beaucoup, passionnément, à la folie charnue ! Dame nature m'a dotée d'un grand appétit et d'une couche généreuse de gras (qui protège ma solide musculature évidemment ! ). Je sais que, pardonnez-moi ce vocabulaire quelque peu vulgaire, je vais en chier ! Que je vais souffrir chaque soir, que dormir sera l'ultime but à la fin de chaque journée, que je vais peut-être parfois avoir envie de sauter une étape, de faire du stop, de râler, de couiner, de geindre (ayez-donc de douces pensées compatissantes pour mon pauvre mari qui n'est pas du genre plaintif mais qui devra me supporter), mais je sais que ces moments-là seront rares par rapport à tous les moments de bonheur que nous vivrons sur ce chemin !

Bref, je vous retrouve donc fin septembre avec des tas de choses à vous raconter et encore bien des articles à écrire sur le Gers…

 

Très Beau mois de septembre à vous !

Sylvie - alias Gersicotti Gersicotta

Posté par wawaa à 06:30 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Sur les chemins de Saint-Jacques, en toute liberté, en toute déconnexion…

    Bonne marche ! Ramène nous des clichés comme tu sais en faire.

    Posté par Lyly, 02 septembre 2016 à 13:44 | | Répondre
  • belle aventure !! c'est très courageux de se lancer . je vous envoie plein d'énergie ; ça ne représente pas grd chose , je ne suis pas sportive mais le cœur y est .
    profitez . A ds un mois .

    Posté par coise, 03 septembre 2016 à 06:29 | | Répondre
  • Posté par Sorfina, 03 septembre 2016 à 16:36 | | Répondre
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