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Elle se complait au soleil, mais pas trop, elle aime les endroits semi-ombragés…aux pieds des arbres par exemple. Depuis le début du mois de Mars, je la croise régulièrement sur les rebords des fossés, au bord et au milieu des champs, sous les grands chênes, rayonnantes, tantôt jaune, tantôt blanche et jaune, parfois un peu plus touffue, parfois portant les fins traits d'une trompette.


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Cette jolie fleur jaune, légèrement recourbée au bout de sa longue tige verte, appelé Jonquille sauvage, mais également Narcisse jaune, a soulevé dans un des derniers articles de Gersicotti Gersicotta, une petite question d'héritage linguistique. Plusieurs des lectrices du blog l'ont renommée coucut, c'est ainsi que leurs grand-mères les désignaient. Mais personne n'a encore su véritablement expliquer cette originalité linguistique, me demandant si j'avais peut être une explication : j'étais encore une fois ignorante mais toujours infiniment curieuse de découvrir une nouvelle histoire en rapport avec notre parler "gascon".


D'où peut bien provenir ce mot coucut ? J'ai écumé mes dictionnaires, fait quelques recherches sur la toile, et j'ai trouvé quelques pistes. Figurez-vous qu'en gascon le mot coucut signifie  coucou. C'est-à-dire l'oiseau qu'on appelle coucou, car au retour des beaux jours, on l'entend du fond "de sa forêt lointaine" vociférer de répétitifs "coucou coucou coucou coucou". Mais quel est le rapport entre l'oiseau et cette fleur jaune ?


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Je me doutais qu'il y avait un rapport avec le printemps, je ne voyais rien d'autre de plus logique même si ça me paraissait totalement tiré par les cheveux… ou plutôt par les plumes ou les pétales ! Ils ont bel et bien ce point commun : le retour du printemps. C'est en tout cas ce prétend Wikipédia, et même si ce n'est pas forcément une source sûre, c'est une des seules que j'ai trouvé d'à peu près explicite à ce sujet :


" Certaines plantes, quoique de morphologies assez diverses et éloignées, prennent en français le nom vernaculaire de coucou ou fleur de coucou. Il s'agit en général de plantes prairiales ayant la particularité de fleurir au moment de l'arrivée du coucou en Europe "


Il est bon à noter que la désignation botanique coucou s'emploie aussi pour d'autres plantes comme la Primevère officinale, ou certaines orchidées. Elles ont toutes en commun, le printemps ! Les jonquilles sauvages, éclosent à l'arrivée du printemps, à l'arrivée du coucou . Certes, le rapport peut paraitre légèrement tarabiscoté et on se demande comment ce lien sémantique a pu s'établir : une confusion enfantine qui a contaminé la langue ? L'envie d'uniformiser la venue du printemps ? Il se peut que chaque fois que je vais croiser le coucut en tant que fleur, je tende l'oreille dans l'espoir d'entendre le coucou …

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Et ? Non ! Ce n'est pas fini ! Il existe une autre signification du mot coucut en gascon. L'oiseau a donné son nom à une fleur et la fleur à donné son nom à un outil de jardinage. C'est en feuilletant Le Dictionnaire Drolatique du Parler Gascon d'Alain Paraillous  que j'ai découvert que coucut désignait également un échenilloir c'est-à-dire un outil de jardinage qu'on utilisait pour couper les hautes branches et pousses d'un arbre. L'auteur pense que le glissement linguistique est dû à la forme de l'objet qui rappelle la courbe de la jonquille sauvage …


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On peut vraiment dire , avec tout ça, que le langage est un domaine florissant et étonnant !

 

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