La première fois que j'ai mis les pieds dans le Gers, j'étais sur la fin d'un long voyage au départ d'Aix-en-Provence, qui était passé autour de Nancy, Paris, s'était arrêté dans le Pas-de-Calais chez mes grands-parents et avait fait un détour dans les contrées belges namuroises. J'étais redescendue de là vers le Gers, avec mon papa qui m'avait rejoint chez les ch'tis. Après avoir traversé l'Ouest de la France, nous étions arrivés dans le Sud-Ouest et ses petites routes qui paraissent éperdument longues la première fois qu'on les pratique, surtout après un voyage de 10 heures. Cette première fois ne m'avait pas laissé d'impression particulière. Les derniers 40 kilomètres de campagne m'avait plutôt désespérée qu'autre chose et les deux jours passés là n'ont pas été l'occasion pour moi de visiter, car après mon tour de France j'étais lasse de visiter. J'étais repartie vers Aix-en-Provence, en pleine urbanisation polluée rejoindre mon compagnon de l'époque avec qui l'ambiance n'était pas des plus folles. Je n'aimais pas particulièrement Aix-en-Provence. Ville rupine et trop peuplée, trop motorisée, trop embouteillée, trop luxueuse et trop commercialisée. Et pourtant j'aimais le paysage que j'avais de la fenêtre du petit appartement où j'habitais. Une vue sur la Sainte-Victoire, cette imposante et fière montagne, qui dominait tout le coin jusqu'à Marseille. J'aimais particulièrement les soirs d'orage. Les éclairs s'y échouaient violemment, et leur traînée de lumière intense, faisait apparaître dans l'obscurité la roche grisâtre de cette montagne qui devenait encore plus époustouflante. C'est un orage qui m'a fait quitter Aix-en-Provence. Un orage de mots et une rupture déroutante.Contre toute attente, en moins de deux jours, me voilà déménagée dans le Gers, à commencer une vie nouvelle, chez mes parents accueillants. C'est là que tout a commencé.

 

J'ai vu la beauté. La campagne colorée. L'immensité champêtre. Le torrent de forêts. La verdure à perte de vue. Le charme des clochers. Les routes de campagnes envoûtantes. Les joies de la ferme. Les papilles enchantées. La montagne lointaine. Et le cœur séduit par les habitants, si différents de ceux des autres endroits où j'avais vécu. C'était mon coup de foudre. Ma nouvelle terre. Si bien que deux semaines après mon arrivée j'ai osé dire et je le dis encore : "J'ai trouvé mon pays, ma région, le Gers, c'est chez moi". Et pourtant, je ne suis pas née ici. Chez moi c'est là-bas, dans le Nord-Pas-de-Calais, région que j'aime aussi. Mais je n'y ai jamais vécu, ou si peu et si jeune. Le Gers c'est une terre adoptive, et pour le moment, j'y suis et j'y suis bien. Je ne me suis jamais aussi bien sentie dans ma peau que dans le Gers, comme si j'y étais la bienvenue.

 

Aujourd'hui je suis Gersoise. C'est décidé. Jusqu'à quand? Peut-être l'éternité. Car même si un ailleurs me plaisait autant, je sais qu'une partie de moi est ici, vraiment.